La Turquie met en garde la France au sujet du déploiement prévu de troupes à Chypre, invoquant un risque pour l’équilibre de l’île

La Turquie a averti jeudi que tout déploiement de troupes françaises à Chypre pourrait perturber le statu quo fragile de l’île, arguant que cette mesure risque d’accroître les tensions et qu’il manque de justification claire en matière de sécurité.
« De telles mesures risquent de bouleverser l’équilibre fragile existant et d’accroître les tensions sur l’île », a déclaré un responsable du ministère turc de la Défense à des journalistes à Ankara.
Le responsable a ajouté que ces initiatives pourraient poser des risques futurs pour la sécurité de ce qu’Ankara appelle « l’administration chypriote grecque », et a précisé que les mesures susceptibles de compromettre la stabilité régionale devraient être évitées.
L’avertissement faisait suite aux propos de dimanche du président chypriote grec Nikos Christodoulides, qui a déclaré que son gouvernement et la France avaient finalisé les négociations sur un accord sur le statut des forces permettant à Paris de déployer des troupes en République de Chypre.
Il a indiqué que l’accord devrait être signé en juin et fournirait un cadre juridique permettant aux forces françaises d’être temporairement stationnées sur l’île, de mener des entraînements et exercices conjoints, et d’accéder aux installations militaires pour le soutien logistique et le transit.
Christodoulides a décrit le déploiement potentiel comme « exclusivement à des fins humanitaires » sans en donner plus de détails. Chypre reste divisée entre la République de Chypre, membre de l’UE, et le nord séparatiste reconnu uniquement par Ankara depuis l’intervention turque de 1974 à la suite d’un coup d’État soutenu par la Grèce.
La Turquie, la Grèce et la Grande-Bretagne sont des puissances garantes dans le cadre des accords post-indépendance de l’île, et la Turquie maintient environ 50 000 soldats dans le nord. Le responsable turc a indiqué que le besoin concret de sécurité d’un déploiement français reste incertain.
Les tensions se sont intensifiées depuis le 2 mars, lorsqu’un drone de type Shahed fabriqué en Iran a frappé une base de la Royal Air Force britannique dans le sud de Chypre, au milieu d’une vague d’attaques iraniennes dans la région. Aucun groupe n’a revendiqué la responsabilité, mais les responsables chypriotes et occidentaux ont attribué la frappe au Hezbollah.
Bien que les avions français aient parfois utilisé la base de la RAF pour la logistique régionale par le passé, les déplacements post-2 mars marquent les premiers pas de Paris vers une présence militaire formalisée sur l’île. Après la frappe, la France commença à déployer des unités spécialisées anti-drones et antimissiles à Chypre et envoya le groupe de porte-avions Charles de Gaulle en Méditerranée orientale.
La coopération en matière de défense entre le gouvernement chypriote grec, la France et la Grèce s’est élargie depuis ; la semaine dernière, Paris et Athènes ont signé un partenariat stratégique global renforcé qui relie efficacement la sécurité grecque à une nouvelle présence militaire française à Chypre.
Un déploiement français où la Turquie dispose déjà d’environ 50 000 soldats risque d’attiser les tensions parmi les membres de l’OTAN, alors que les gouvernements européens cherchent un front uni au milieu des guerres en Iran et en Ukraine.
La Grèce, alliée de l’OTAN et rivale de longue date de la Turquie sur les différends territoriaux, a également approfondi sa coopération avec Israël ces derniers mois, ce qui a renforcé les inquiétudes d’Ankara concernant l’encerclement régional.
Pour aggraver encore davantage les relations, le président français Emmanuel Macron a déclaré mardi qu’il ne devrait y avoir « aucune place au doute » quant à l’engagement de la France à soutenir la Grèce contre « toute menace », une remarque largement interprétée à Ankara comme une référence voilée à la Turquie.
Avec l’Accord sur le statut des forces devant être signé en juin, Ankara appelle à la prudence, avertissant que toute mesure perçue comme déstabilisant l’équilibre sécuritaire de l’île pourrait avoir des répercussions bien au-delà de Chypre.
