Souveraineté numérique: l’État enclenche la sortie progressive de Windows et prépare sa migration vers Linux

L’État français engage sa sortie progressive de Windows. La Direction interministérielle du numérique (Dinum) a annoncé, lors d’un séminaire à Bercy la semaine dernière, la préparation d’une migration vers le logiciel libre Linux. Les ministères devront présenter leur plan de transition d’ici l’automne.
Dominant dans les systèmes de l’administration depuis le milieu des années 1980, Windows va perdre du terrain. « L’État ne peut plus se contenter de constater sa dépendance, il doit en sortir. Nous devons nous désensibiliser des outils américains et reprendre le contrôle de notre destin numérique », a justifié David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics.
Cette impulsion prolonge une orientation déjà affichée le mois dernier, lorsque l’exécutif a déclaré sa volonté de migrer les données de santé des Français de Microsoft vers une solution de confiance.
Malgré ce discours, la puissance publique peinait jusqu’ici à faire évoluer ses pratiques: il y a un mois, l’Éducation nationale a signé un contrat pluriannuel avec Microsoft, évalué entre 75 et 150 millions d’euros, pour équiper ses services administratifs centraux.
Au-delà de son propre périmètre, la Dinum entend coordonner dans les prochains mois un plan interministériel de réduction des dépendances extra-européennes. Tous les ministères et les opérateurs de l’État devront soumettre, d’ici l’automne, des plans couvrant l’ensemble de la chaîne logicielle: poste de travail, outils collaboratifs, antivirus, intelligence artificielle, bases de données, virtualisation et équipements réseau.
Parallèlement, l’État, via sa direction des achats et l’Observatoire de la souveraineté numérique, conduit un diagnostic et une cartographie des dépendances. Objectif: disposer d’un état des lieux précis du poids des solutions américaines dans l’administration, avant de proposer des objectifs chiffrés de réduction.
Le chantier s’annonce de longue haleine. Dans certains ministères, comme l’Éducation nationale qui compte plusieurs millions de fonctionnaires, la migration prendrait probablement plusieurs années. L’État pourra s’inspirer de l’exemple de la Gendarmerie nationale qui, à la fin des années 2000, a migré son infrastructure de Windows XP vers Ubuntu (noyau Linux).
Ses 100 000 postes sont depuis indépendants du système d’exploitation américain. Cette réorientation s’inscrit aussi dans un contexte géopolitique tendu entre Washington et l’Europe.
L’affaire du juge Nicolas Guillou, magistrat de la Cour pénale internationale sanctionné par l’administration américaine après l’émission de mandats d’arrêt visant le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, et son ministre de la Défense, a marqué les esprits: ses accès à des solutions américaines, dont celles de Microsoft, ont été coupés du jour au lendemain.
Pour la France comme pour d’autres pays européens, cette décision a servi de signal d’alarme sur la nécessité de ne plus dépendre uniquement de fournisseurs de logiciels américains. La prochaine étape interviendra à l’automne avec la remise des plans ministériels.
Une fois la cartographie finalisée, des cibles chiffrées de réduction des dépendances devront être fixées, avant un déploiement progressif des migrations dans les administrations.
