IA en France: l’adoption grimpe à 40% mais l’usage avancé reste marginal, selon une étude

La France accélère sur l’intelligence artificielle, mais pas encore au rythme européen. Selon l’étude « Unlocking France’s AI Potential 2026 » réalisée par Strand Partners et Amazon Web Services (AWS) auprès de 1 000 entreprises, le taux d’adoption est passé de 33% à 40% en un an — environ 250 000 sociétés ont franchi le pas pour la première fois.
Le pays reste toutefois en deçà de la moyenne européenne, fixée à 54%, et surtout, la majorité des usages demeure primaire. D’après le rapport, 64% des entreprises utilisatrices se limitent à l’automatisation de tâches répétitives et seules 19% ont intégré l’IA de manière avancée dans leurs processus métier.
La « vague » de l’IA agentique — des systèmes capables d’agir de manière autonome sur des tâches complexes — est déjà là, mais seulement 23% des entreprises en ont entendu parler et 75% se déclarent peu ou pas prêtes. L’enjeu économique est pourtant chiffré: généraliser des usages avancés pourrait générer 30,1 milliards d’euros de valeur d’ici 2030, selon l’étude.
Les startups françaises dessinent un contre-modèle plus offensif. Le rapport relève que 80% d’entre elles ont adopté l’IA, un record en Europe, et 90% disent avoir accéléré leurs cycles d’innovation. Elles sont aussi 67% à se déclarer prêtes à adopter des technologies d’IA agentique.
Dans ce contexte, le programme AWS Pioneers, qui recense depuis 2025 à l’échelle européenne des entreprises faisant de l’IA le cœur de leur activité, met en lumière quatre jeunes pousses françaises en 2026.
Iktos, spécialisée dans la découverte de médicaments, combine intelligence artificielle et robotique de laboratoire automatisée pour réduire des délais de développement qui atteignent normalement quatre à cinq ans, ainsi que des coûts de l’ordre de 100 millions de dollars.
Forte de plus de 60 partenariats pharmaceutiques (dont Merck, Pfizer et Servier) et d’une plateforme construite sur AWS, la société dit ouvrir la voie à une médecine personnalisée fondée sur l’ADN du patient, avec un bénéfice potentiel pour 400 millions de personnes atteintes de maladies rares ou de cancer.
Mindflow a développé une plateforme d’automatisation agentique, bâtie sur AWS avec Amazon Bedrock, qui permet aux équipes informatiques d’automatiser entre 20% et 40% de leur charge de travail via des agents autonomes et plus de 4 000 intégrations, tout en maintenant les décisions stratégiques sous contrôle humain.
Dans la santé mentale, Callyope a conçu une IA capable de détecter des signes précoces de rechute à partir d’échantillons vocaux et de dossiers médicaux, une approche validée cliniquement dans plusieurs hôpitaux français sur des milliers de patients.
Dans un contexte où 50% des patients peuvent rechuter dans l’année suivant leur sortie, et où trois rechutes multiplient par dix le risque de chômage à vie chez les personnes atteintes de schizophrénie, l’enjeu humain est majeur.
Enfin, Quandela rend l’informatique quantique accessible avec des machines photoniques fonctionnant à température ambiante et connectables aux réseaux fibres existants: cinq machines sont opérationnelles, dont Belenos, accessible via le cloud à plus de 1 700 chercheurs dans 30 pays, qui testent des applications en finance, chimie et optimisation logistique.
Ces réussites ne suffiront pas sans un environnement plus propice, préviennent les auteurs. Les obstacles sont connus: 47% des dépenses technologiques des entreprises françaises sont absorbées par la conformité réglementaire (contre 42% en moyenne en Europe), 41% des dirigeants citent le manque de compétences en IA comme frein principal et 63% jugent les aides publiques déterminantes dans leurs décisions d’adoption.
Plus préoccupant, 41% des startups envisagent de quitter l’Europe, principalement pour des raisons d’accès au financement, aux marchés mondiaux et au cadre réglementaire. Le potentiel est là, conclut l’étude, mais l’accélération dépendra de la capacité à faire évoluer les compétences, l’investissement et les règles du jeu.
