Guerre au Moyen-Orient: appels à des stocks stratégiques pour la santé en France malgré les assurances des autorités
La France risque-t-elle des tensions sur l’approvisionnement en matériel médical et en médicaments dans le sillage de la guerre au Moyen-Orient? Tandis que les autorités sanitaires et des laboratoires se montrent rassurants, des acteurs du secteur appellent à constituer rapidement des stocks stratégiques, sur fond de perturbations du commerce mondial liées à la fermeture du détroit d’Ormuz.
Le souvenir des pénuries de la crise Covid — masques, gants, blouses, lits et respirateurs — nourrit les inquiétudes. Le pays pourrait-il revivre un tel scénario si le contexte international continuait de s’embraser, et si la guerre lancée le 28 février par les États-Unis et Israël en Iran venait à se poursuivre?
Plusieurs professionnels estiment qu’une prolongation de la crise dépasserait la seule question du pétrole et du gaz: certains composants chimiques dérivés du pétrole, abondants au Moyen-Orient, sont essentiels à la fabrication pharmaceutique et à de nombreux équipements médicaux.
Depuis plusieurs jours, Joseph Tayefeh, secrétaire général de Plastalliance, tire la sonnette d’alarme. Il souligne que le prix du polyéthylène — utilisé notamment pour les blouses à usage unique, masques, seringues, cathéters ou encore les sacs-poubelles — a doublé depuis le début du conflit, passant d’environ 1 200 à 2 500 euros la tonne.
« Le gouvernement doit absolument prévoir des stocks », a-t-il plaidé sur France Info lundi 20 avril, en assurant que des pénuries ont déjà commencé en Corée du Sud ou à Taïwan. Sur Sud Radio, vendredi 17 avril, il a prévenu qu’en cas d’aggravation, les soignants pourraient manquer de produits de base.
Selon lui, « le plastique est le matériau prédominant dans le secteur de la santé » et la situation s’aggrave au fur et à mesure que la guerre se poursuit. La chaîne d’approvisionnement en gaz rares est également scrutée. Fin mars, le groupe Air Liquide a alerté sur un risque de tension sur le marché de l’hélium, après que son important site de production de Ras Laffan, au Qatar, a été endommagé par une attaque iranienne.
Or l’hélium est indispensable au fonctionnement des IRM, en assurant le refroidissement des aimants supraconducteurs. Il est aussi crucial pour de nombreuses analyses biologiques de haute précision, rappelle Baptiste Verneuil, ingénieur de projet Santé au Shift Project, qui rapporte l’inquiétude de biologistes hospitaliers face à une possible rupture d’approvisionnement à court terme.
En l’état, autorités sanitaires et industriels contactés assurent suivre la situation et se veulent rassurants. Mais sur le terrain, des représentants de la plasturgie et des professionnels de santé pressent les pouvoirs publics d’anticiper en renforçant les stocks de produits critiques.
La crainte est claire: si la crise se prolonge, les tensions pourraient gagner des pans entiers de la chaîne de soins.
