Carburants: le patron de Coopérative U assure que la distribution «ne gagne rien» et appelle les raffineurs à faire un geste

Alors que le gouvernement cherche des leviers pour faire baisser les prix des carburants, les distributeurs ripostent. Invité jeudi matin sur BFMTV, Dominique Schelcher, patron de Coopérative U, a assuré que la vente d’essence et de gazole «est une activité où l’on ne gagne rien», évoquant des marges «qui ne dépassent pas un, deux ou trois centimes le litre».
Il a demandé à l’exécutif de «regarder du côté des raffineurs» et appelé les pétroliers à vendre «un peu moins cher afin que nous puissions le répercuter à la pompe». Le dirigeant dit contester l’idée que la grande distribution profite de la flambée. Selon lui, la concurrence par les prix est telle que «les clients regardent les prix et vont au moins cher», ce qui pousse les enseignes à comprimer leurs marges.
«On est des boucs émissaires», a-t-il déploré, reprochant au débat public de pointer d’abord les stations de supermarché. Dans ce climat tendu, un projet de décret a été transmis lundi 13 avril au soir par le gouvernement au Conseil national de la consommation (CNC).
Le texte viserait à limiter les marges des distributeurs de carburants au-delà d’un certain niveau de prix. «Le gouvernement n’a toutefois pas pris la décision de prendre ce décret à ce stade», a précisé le ministre de l’Économie, Roland Lescure. Cette mise au point n’a pas convaincu Dominique Schelcher, qui fustige «une usine à gaz qui ne changera pas le quotidien des Français» et affirme: «Je prends le pari qu’il ne sortira pas».
Le patron des magasins U avance une autre piste: un effort des raffineurs. Il a rappelé qu’au début du conflit au Moyen-Orient, TotalEnergies avait, selon lui, réalisé une plus-value d’un milliard de dollars en achetant sept tankers de pétrole. «J’appelle les pétroliers à nous vendre le produit un peu moins cher afin que nous puissions le répercuter à la pompe», a-t-il insisté.
Le dossier est également suivi par Bercy. Roland Lescure a annoncé le 3 avril avoir écrit à la Commission européenne pour lui demander d’enquêter sur les marges des raffineries en Europe. Sur le terrain, les prix évoluent légèrement. Mercredi, l’essence SP95-E10 est repassée de peu sous la barre symbolique des 2 euros le litre en France hexagonale, à 1,9939 euro en moyenne, selon des données gouvernementales quotidiennes.
Ce seuil avait été franchi le 1er avril pour le SP95-E10, et dès le 9 mars pour le gazole, qui s’établit actuellement en moyenne à 2,2977 euros le litre.
