Aux confins du Système solaire, des indices d’atmosphère autour du petit corps 2002 XV93

Un souffle d’air — infiniment ténu — pourrait flotter aux confins du Système solaire. Des astronomes japonais rapportent avoir détecté des indices d’une atmosphère autour du petit corps glacé (612533) 2002 XV93, au‑delà de Pluton. Si cette hypothèse était confirmée, l’objet deviendrait seulement le deuxième transneptunien connu à posséder une atmosphère, selon une étude parue lundi.
De taille modeste, 2002 XV93 mesure environ 500 kilomètres de diamètre (contre 12 742 km pour la Terre) et orbite à environ 40 fois la distance Soleil‑Terre, soit près de 6 milliards de kilomètres. Jusqu’ici, seule Pluton — rétrogradée au rang de planète naine en 2006 par l’Union astronomique internationale — était connue pour abriter une atmosphère parmi les objets au‑delà de Neptune, la huitième et dernière planète du Système solaire.
Sous la présidence de Donald Trump, la Nasa a évoqué l’idée de rendre à Pluton son statut de planète; la possible présence d’une autre atmosphère dans la même région pourrait enlever un argument aux partisans de sa réintégration. L’indice clé provient d’une occultation stellaire observée en janvier 2024.
Lorsqu’un objet lointain passe devant une étoile, sa silhouette se découpe brièvement et la lumière est occultée. Cette fois, des chercheurs japonais, épaulés par un astronome amateur, ont constaté que la lumière de l’étoile ne réapparaissait pas immédiatement, comme si une fine enveloppe gazeuse en filtrant une partie.
D’après leurs estimations publiées dans Nature Astronomy, l’atmosphère de 2002 XV93 serait cinq à dix millions de fois plus ténue que celle de la Terre. « C’est important car, jusqu’à présent, Pluton était le seul objet transneptunien pour lequel la présence d’une atmosphère avait été confirmée », souligne le principal auteur, Ko Arimatsu, de l’Observatoire d’astronomie du Japon.
Cette détection, dit‑il, remet en question l’idée selon laquelle les petits mondes glacés du Système solaire externe seraient inactifs et immuables. L’origine de cette atmosphère reste incertaine. Les chercheurs évoquent des gaz expulsés de l’intérieur par d’éventuels volcans de glace en éruption, ou une atmosphère transitoire née de l’impact d’une comète, qui se dissiperait progressivement.
D’autres spécialistes appellent néanmoins à la prudence: l’astronome espagnol Jose‑Luis Ortiz, expert des planètes naines au‑delà de Neptune, juge le signal intéressant mais estime qu’« davantage de données » sont nécessaires, suggérant qu’un anneau pourrait aussi expliquer les observations.
Arimatsu ne exclut pas « des alternatives exotiques », tout en estimant qu’un anneau vu presque par la tranche ne cadre pas avec les principales caractéristiques relevées. Les équipes appellent à de nouvelles campagnes, y compris avec le télescope spatial James Webb, pour trancher et élucider la nature de ce monde sombre de la ceinture de Kuiper.
Quel que soit le verdict, l’épisode ouvre une fenêtre inattendue sur la dynamique des objets les plus lointains du Système solaire.
