Ambitions, clivages, mémoire: une série de tribunes ausculte la politique française

Un corpus de tribunes, d’entretiens et d’analyses propose un diagnostic sans détour sur la vie politique française, entre ambition élyséenne, calculs électoraux et crise des repères. Plusieurs auteurs affirment que le débat s’est appauvri, pris en étau entre la quête de l’image et l’urgence des échéances.
L’essayiste et historien Maxime Tandonnet met en cause « l’envie » et le « désir » comme moteurs d’une ambition présidentielle qui, selon lui, symbolisent le naufrage du politique. Il soutient que, si la droite veut reconquérir le pouvoir, elle doit d’abord redéfinir sa base idéologique avant de choisir un candidat.
Le même auteur estime que des gouvernants, « aveuglés par les échéances électorales », renoncent aux sujets de fond pour mieux œuvrer à leur réélection.
Dans ce climat, une proposition de l’ancien maire de Nancy Laurent Hénard visant à supprimer cinq jours fériés pour les transformer en jours de congé est critiquée par Maxime Tandonnet comme relevant d’une idéologie cherchant à « effacer le passé, les traditions, la culture » au profit d’un « homme neuf » coupé de ses racines.
Parallèlement, un sondage IFOP indiquant que davantage de Français se positionnent à droite est interprété par lui comme la conséquence de l’abandon, depuis les années 1960, par la gauche, des idées de protection, de frontières, de sécurité et d’autorité de l’État.
Sur la structure du clivage partisan, l’universitaire Jean-Louis Harouel juge l’antagonisme gauche-droite immuable car adossé à des fractures plus anciennes que le système politique actuel. À l’autre bout de l’échiquier, Chloé Morin considère que le nouveau gouvernement n’incarne pas le changement de cap promis par Emmanuel Macron et estime que le chef de l’État peine à élargir son assise politique.
La question de la mémoire et des symboles irrigue aussi ces prises de position. Maxime Tandonnet fait un constat amer de la dégradation de la culture historique et y voit une cause majeure des dégradations de statues constatées ces dernières semaines.
Un tour d’horizon rappelle, par ailleurs, que pour sortir d’une épreuve, les présidents ont, selon les moments, opté pour des solutions de gravité variable, du changement de premier ministre à la démission. La représentation de la politique est également passée au crible de la fiction.
L’ancien préfet Gilles Clavreul voit dans la troisième saison de la série Baron noir une multitude de références à la vie politique contemporaine et une vision de la démocratie à rebours de l’air du temps. Maxime Tandonnet avance encore que le séisme politique qui a eu raison de la candidature de Benjamin Griveaux va accentuer la déliquescence de la vie publique.
À l’approche de 2022, Barbara Lefebvre fustige un « carnaval des opportunismes ». Benjamin Morel, lui, décrypte les résultats des élections européennes en France. Tandonnet attribue une partie de la crise politique à la promesse inaboutie du « nouveau monde » de 2017 et s’interroge sur la capacité de « l’hypothèse Bellamy » à faire émerger une offre permettant de sortir de l’affrontement LREM/RN.
Les affaires et controverses ne sont pas absentes de ce panorama. Après la révélation par Mediapart que Nathalie Loiseau avait figuré sur une liste d’extrême droite à Sciences Po, David Desgouilles, tout en disant ne pas apprécier ce type de « fouille archéologique », y voit les limites de certaines postures anti-nationalistes ou anti-populistes.
De son côté, François Médéline, à travers une fiction politique, visite les coulisses d’une scène obnubilée par l’image plutôt que par l’intérêt général. Enfin, la formation des élites revient sur le devant de la scène littéraire: dans son roman ENA Circus, David Brunat brosse un tableau comique et piquant d’une institution décriée et analyse l’histoire comme les conséquences de l’hégémonie de cette école sur la vie politique.
Pris ensemble, ces textes dessinent une ligne de fracture: entre clivages anciens et exigence de court terme, entre héritage et promesse de renouveau. Ils divergent sur les remèdes mais convergent sur un point: la nécessité, selon leurs auteurs, de repenser les fondements et les pratiques de la vie publique.
