« Se taire, c’est déjà prendre position »: le président de la Maif refuse le déjeuner du Medef avec Jordan Bardella
À quelques années de l’élection présidentielle de 2027, la politique gagne les salles à manger patronales. Alors que Jordan Bardella, président du Rassemblement national, doit déjeuner ce lundi 20 avril avec le Medef, Yves Pellicier, président de la Maif, annonce que la mutuelle ne sera pas présente.
« Le risque politique est aujourd’hui majeur », dit-il, estimant que « se taire à ces moments précis, c’est déjà prendre position ». Dans un entretien, le dirigeant affirme que la Maif, qui appartient à France Assureurs, n’assistera pas à la rencontre. À ses yeux, l’accession du RN au pouvoir présenterait non seulement un risque d’instabilité sociale, mais également un risque économique, écologique et social.
Il précise que sa prise de parole n’est pas individuelle: la position a été décidée « collégialement et à l’unanimité » avec la direction générale et le conseil d’administration de la Maif. Pour l’heure, il est le seul représentant de France Assureurs à s’exprimer publiquement en ce sens.
Yves Pellicier pointe en particulier des dangers budgétaires pour le monde associatif. « Plus de 12.000 emplois associatifs ont été détruits en un an. Quelques députés et sénateurs, quelques présidents de région fortement alimentés par l’extrême droite, ont déjà préconisé des coupes budgétaires », regrette-t-il.
Il évoque aussi « un autre danger représenté par les effets du dérèglement climatique, étroitement liés à cette société de la performance avide des énergies fossiles que l’extrême droite soutient ».
Vice-président d’ESS France, qui représente les entreprises et organisations de l’économie sociale et solidaire, Yves Pellicier assure que la Maif ne cédera pas sur ses engagements, « comme celui du dividende écologique créé il y a quatre ans ».
Ce dispositif a atteint 18,3 millions d’euros l’an dernier, soit 10 % du résultat net de l’assureur, et vise à financer « des solutions en faveur de la régénération de la nature et d’actions en faveur des sociétaires les plus impactés par le dérèglement climatique », selon la mutuelle.
« Rien ne nous interdit demain, si le besoin se présentait, d’agir avec ce dividende ou avec un autre outil », ajoute-t-il. Pour justifier sa prise de position, le président de la Maif dit vouloir « redonner de l’espoir », face à un récit de l’extrême droite qu’il décrit comme « fondé sur la peur, le recroquevillement, la fermeture des frontières ».
Et à ceux qui jugent le RN plus fréquentable qu’auparavant, il oppose sa méfiance, citant « des prises de position affirmées au niveau de l’Europe, le soutien affiché à la politique de Trump, un programme économique qui oscille entre renationalisation et ultralibéralisme, [et] l’opposition aux énergies renouvelables ».
L’épisode illustre un débat plus large dans les milieux économiques à l’approche de 2027. Reste à voir si d’autres acteurs de l’assurance ou du patronat suivront la Maif en choisissant de décliner ce rendez-vous avec le patron du RN.
