ÉDITORIAL. Retraites : l’impasse française

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Optez pour le prélèvement SEPA pour continuer à profiter de votre abonnement. Votre paiement a échoué. Mettez à jour vos informations de paiement pour continuer à lire le journal. Philippe Rioux DDM L'édito du jour , Réforme des retraites , France - Monde Publié le 30/03/2026 à 06:31 Article rédigé par Philippe Rioux Il y a des réformes qui passent, et d’autres qui s’enlisent…
La question des retraites appartient à la seconde catégorie car depuis 2022, le débat ne cesse de rebondir sans jamais se résoudre. La tentative avortée d’un système à points, puis la réforme de 2023, adoptée dans la douleur et finalement suspendue en 2025, ont laissé un pays fracturé.
Et surtout, à un an de l’élection présidentielle, le problème reste entier. Car le constat politique est implacable : la réforme Borne n’a jamais été acceptée.
Contestée par une majorité de Français et tous les syndicats, elle a cristallisé un sentiment d’injustice, alimenté par une méthode jugée brutale et un effort perçu comme mal réparti.
Le conflit social a, d’évidence, laissé des traces profondes, au point de rendre toute nouvelle tentative plus risquée encore ; on l’a vu avec l’échec du "conclave" Bayrou. Pourtant, derrière la crise politique, la réalité démographique, elle, n’est pas suspendue.
Le système français repose, en effet, sur un principe simple : les actifs financent les retraités. Or, ce rapport se dégrade inexorablement. On comptait environ 2 cotisants pour un retraité au début des années 2000 ; ils ne sont plus qu’environ 1,7 aujourd’hui, et la tendance reste orientée à la baisse.
Vieillissement de la population, allongement de l’espérance de vie, ralentissement de la croissance démographique : la mécanique est connue et implacable. Le dernier rapport du Conseil d’orientation des retraites, publié en juin 2025, souligne une forme de paradoxe.
À court terme, certes, rien ne s’effondre puisque le déficit restait limité à 1,7 milliard d’euros en 2024, soit 0,1 % du PIB. Les dépenses, elles, sont maîtrisées, autour de 13,9 % du PIB, et devraient rester stables à long terme.
Autrement dit, pas de dérapage incontrôlé. Mais le problème est ailleurs, dans les ressources. Celles-ci diminueraient progressivement, passant de 13,9 % du PIB à 12,8 % d’ici 2070, creusant ainsi un déficit durable, estimé à 1,4 % du PIB.
Le système ne s’emballe donc pas mais s’érode. Une note publiée par le COR jeudi dernier précise encore l’équation. Trois leviers existent : augmenter les cotisations, baisser les pensions ou reculer l’âge de départ.
Les deux premiers pèsent sur l’économie à court terme. Le troisième, en revanche, soutient la croissance en augmentant la population active, mais il est aussi, politiquement, le plus explosif… et le plus redouté. C’est là que tout se joue, car la question des retraites n’est pas seulement budgétaire.
Elle est sociale, générationnelle, presque philosophique. Elle touche à la place du travail dans la vie, à la solidarité entre les âges, à la promesse implicite faite à chaque génération, celle du contrat social fran&cce…
