À Toulouse, une équipe du CNRS identifie les plus anciennes traces d’outils en os de baleine (20 000–14 000 ans)

Des chercheurs du CNRS à Toulouse affirment avoir mis au jour les plus anciennes traces d’outils fabriqués à partir d’os de baleine. Leur étude, publiée récemment dans la revue Nature Communications, montre que des chasseurs-cueilleurs vivant autour du golfe de Gascogne, il y a 20 000 à 14 000 ans, ont exploité les carcasses de cinq espèces de cétacés pour façonner des outils, notamment des pointes de projectiles.
Ces résultats suggèrent que nos ancêtres ne dépendaient pas uniquement de la faune terrestre. Engagée en 2019, la recherche s’appuie sur un couplage de méthodes de datation et d’identification — paléoprotéomique, géochimie isotopique et radiocarbone. Fin 2010, ces approches se sont développées et ont été appliquées directement à un corpus d’artefacts afin d’établir de manière fiable leur origine et leur chronologie.
Le premier défi, selon l’équipe, a été d’identifier la nature des objets à partir d’un nombre restreint d’échantillons, majoritairement des têtes de sagaie, et de démontrer qu’ils avaient bien été utilisés par des communautés paléolithiques.
« Après avoir atteint un minimum il y a 20 000 ans, le niveau de la mer est remonté de plus de 100 mètres à la fin de la dernière glaciation, submergeant les côtes fréquentées par les chasseurs-cueilleurs du Paléolithique », explique Jean‑Marc Pétillon, chercheur CNRS qui coordonne l’étude.
De nombreux sites littoraux étant désormais inaccessibles, l’équipe a analysé des objets issus de collections muséales ou trouvés entre les Pyrénées centrales et occidentales et le nord de l’Espagne, jusqu’aux Asturies.
Au total, les chercheurs ont appliqué ces méthodes à 70 outils en os de baleine provenant de sites du sud‑ouest de la France et du nord de l’Espagne, ainsi qu’à 60 petits fragments de côtes et de vertèbres découverts dans une grotte du Pays basque espagnol. Les analyses menées par des scientifiques du CNRS et de l’université Toulouse Jean‑Jaurès ont permis d’identifier au moins cinq espèces de grands cétacés.
L’équipe internationale, qui rassemble une vingtaine de spécialistes au sein du laboratoire TRACES (Travaux et recherches archéologiques sur les cultures, les espaces et les sociétés) à Toulouse, voit dans ces travaux une avancée majeure pour comprendre les modes de vie paléolithiques autour du golfe de Gascogne.
Au‑delà de l’apport archéologique, l’étude illustre le potentiel des approches combinées pour documenter des pratiques côtières dont les traces directes ont été englouties par la remontée des mers.
